Vendre son or en toute sécurité — comment ça marche, comment fixer le juste prix, et ce que dit la loi suisse sur le commerce des métaux précieux.
Vous souhaitez vendre de l’or — bijoux hérités, pièces, lingots, débris — et comprendre comment fonctionne le rachat d’or en Suisse ? Ce guide explique le calcul du prix, le déroulement d’une vente sérieuse, et surtout le cadre légal suisse qui encadre les acheteurs professionnels depuis la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2023 : obligation d’enregistrement ou de patente, devoirs de diligence anti-blanchiment, vérification d’identité et traçabilité. Objectif : vendre au juste prix, chez un acheteur en règle.
Au sommaire
- Qu’est-ce que le rachat d’or ?
- Comment se calcule le prix de l’or
- Titre, carat et poinçon
- Le cadre légal suisse (LCMP & LBA)
- Obligations de l’acheteur professionnel
- Vérification d’identité & traçabilité
- TVA & fiscalité de l’or
- Vos droits & protections en tant que vendeur
- Reconnaître un acheteur sérieux
- Les étapes d’une vente
- Questions fréquentes
1. Qu’est-ce que le rachat d’or ?
Le rachat d’or désigne l’achat, par un professionnel, d’or détenu par un particulier en vue de sa revente ou de sa refonte. Il concerne une grande variété d’objets : bijoux anciens ou cassés, alliances, chaînes, pièces de monnaie en or, lingots et lingotins, dents en or, débris et « vieil or » (matières destinées à la fonte). L’acheteur évalue la quantité réelle de métal précieux contenue, puis propose un prix fondé sur le cours du marché.
En Suisse, cette activité s’inscrit dans un cadre juridique précis, car l’or usagé destiné à la fonte a longtemps été un angle mort en matière de traçabilité. Depuis 2023, le commerce professionnel de ces « matières pour la fonte » est explicitement encadré pour lutter contre le blanchiment d’argent et garantir l’origine licite de la marchandise.
2. Comment se calcule le prix de l’or
Le prix proposé pour votre or repose sur une équation simple, que tout acheteur sérieux doit pouvoir détailler devant vous :
| Élément | Rôle dans le calcul |
|---|---|
| Le poids | Mesuré en grammes sur une balance, idéalement certifiée/étalonnée. |
| Le titre (pureté) | Part réelle d’or pur dans l’objet (ex. 750‰ pour de l’or 18 carats). |
| Le cours de l’or du jour | Prix international de l’once/du gramme d’or fin, qui varie en permanence. |
| La marge de l’acheteur | Différence entre le prix d’achat et la valeur du métal fin (frais, refonte, bénéfice). |
Concrètement : poids × titre × cours du gramme d’or fin = valeur du métal contenu, dont l’acheteur déduit sa marge. Par exemple, une chaîne de 20 g en or 750‰ contient 15 g d’or fin (20 × 0,750) ; sa valeur métal se calcule en multipliant ces 15 g par le cours du jour du gramme d’or fin.
3. Titre, carat et poinçon : lire la valeur d’un bijou
Le titre exprime, en millièmes, la proportion de métal précieux pur contenue dans l’objet. Il est le facteur déterminant de la valeur, avec le poids. Les bijoux portent souvent un poinçon indiquant ce titre.
| Carats | Titre (millièmes) | Part d’or pur |
|---|---|---|
| 24 carats | 999 ‰ | Or pur (or fin) |
| 22 carats | 916 ‰ | 91,6 % |
| 18 carats | 750 ‰ | 75 % (le plus courant en bijouterie) |
| 14 carats | 585 ‰ | 58,5 % |
| 9 carats | 375 ‰ | 37,5 % |
En Suisse, les lingots et ouvrages issus des raffineries doivent être contrôlés et poinçonnés selon les règles officielles du Contrôle des métaux précieux ; un lingot porte notamment la marque du fondeur/essayeur et son titre. Pour l’or d’investissement, la finesse minimale reconnue est généralement de 995‰.
4. Le cadre légal suisse : LCMP et LBA
Le rachat d’or en Suisse est régi principalement par deux lois fédérales, dont la coordination a été renforcée par une réforme majeure :
- La Loi sur le contrôle des métaux précieux (LCMP ; RS 941.31), qui régit le commerce des matières premières, des matières pour la fonte, des produits de la fonte et des ouvrages (montres, bijoux) en or, argent, platine et palladium.
- La Loi sur le blanchiment d’argent (LBA ; RS 955.0), qui impose des obligations de vigilance pour prévenir le blanchiment et le financement du terrorisme.
La réforme du 1er janvier 2023
Adoptée par le Parlement le 19 mars 2021 et entrée en vigueur le 1er janvier 2023, une modification de la LBA et de la LCMP a soumis pour la première fois l’achat par métier de métaux précieux usagés (matières destinées à la fonte) à la surveillance du Bureau central du contrôle des métaux précieux, rattaché à l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF). Objectif affiché : combler une lacune juridique et réduire le risque de blanchiment en garantissant l’origine licite de l’or racheté.À l’issue d’une période de transition, tous les acheteurs concernés devaient disposer d’un enregistrement ou d’une autorisation au 1er janvier 2024. Depuis le 1er mai 2024, l’application numérique PREZIUS accompagne progressivement la gestion des marques et autorisations.
Cette réforme marque, selon les juristes, la « fin de l’anonymat » dans l’achat d’or usagé destiné à la fonte : l’acheteur professionnel doit désormais être identifié des autorités et respecter des obligations précises de diligence et de documentation.
5. Les obligations de l’acheteur professionnel
Un acheteur qui pratique le rachat d’or « par métier » (à titre professionnel) est soumis à plusieurs obligations cumulatives:
Enregistrement ou patente
- Les acheteurs inscrits au registre du commerce suisse doivent s’enregistrer auprès du Bureau central du contrôle des métaux précieux. Une taxe forfaitaire (de l’ordre de 2 000 CHF couvrant quatre ans) est prélevée à l’enregistrement.
- Les acheteurs non inscrits au registre du commerce doivent obtenir une patente d’acheteur auprès du Bureau central (art. 31a al. 3 LCMP), en justifiant notamment d’une garantie d’activité commerciale irréprochable.
Devoirs de diligence et de documentation
- Vérifier l’identité du vendeur (pièce d’identité officielle).
- Clarifier l’origine licite de la marchandise achetée.
- Documenter chaque achat (traçabilité : qui, quoi, quand, combien).
- Dénoncer les opérations suspectes aux autorités compétentes.
6. Vérification d’identité et traçabilité
Du point de vue du vendeur, ces obligations se traduisent très concrètement lors d’une vente : on vous demandera une pièce d’identité, et l’achat sera consigné (description des objets, poids, titre, prix, date, identité). C’est normal et légal. Pour un achat or, un acheteur qui propose de « ne pas faire de papiers » ou d’acheter « sans nom » n’est pas en règle — et cela doit vous alerter.
La raffinerie qui réceptionne les matières à fondre est elle aussi tenue, par l’ordonnance sur le contrôle des métaux précieux (OCMP), de n’accepter que de personnes pouvant établir leur qualité de propriétaire légitime, et de vérifier l’identité du client. La chaîne de traçabilité remonte ainsi jusqu’à l’affineur.
7. TVA et fiscalité de l’or en Suisse
La fiscalité distingue nettement l’or d’investissement des autres formes :
- L’or d’investissement (lingots et certaines pièces, finesse d’au moins 995‰ pour les lingots) est exonéré de TVA en Suisse, comme dans l’Union européenne. Il est en effet considéré comme un produit d’investissement.
- Les bijoux et ouvrages ne bénéficient pas de cette exonération à l’achat ; la TVA s’applique selon les règles ordinaires.
Pour le particulier qui vend son or, le produit de la vente d’objets personnels ne constitue généralement pas un revenu imposable au sens ordinaire, mais la fortune en métaux précieux entre dans l’assiette de l’impôt sur la fortune. La situation fiscale dépend de chaque canton et de chaque cas.
8. Vos droits et protections en tant que vendeur
La loi encadre les acheteurs, ce qui crée pour vous, vendeur, un environnement plus sûr. Vous êtes en droit d’attendre :
- Un acheteur enregistré ou titulaire d’une patente — vous pouvez le lui demander.
- Une évaluation transparente détaillant poids, titre et cours appliqué.
- Le pesage devant vous, sur une balance fiable, et la restitution des objets si vous refusez l’offre.
- La prise en compte des pierres précieuses serties, qui ont une valeur propre.
- Un justificatif écrit de la transaction.
- Le respect de votre identité et de vos données, conformément à la protection des données.
Que la beauté de l’or, ce métal précieux, éblouit doucement les esprits et les yeux ! Jean de Rotrou
9. Reconnaître un acheteur sérieux (et éviter les pièges)
Le Contrôle des métaux précieux lui-même met en garde contre les acheteurs peu scrupuleux. Quelques signaux distinguent un professionnel fiable d’un opérateur douteux :
Bons signaux
Enregistrement/patente vérifiable, pesage transparent devant vous, calcul détaillé au cours du jour, identité demandée, justificatif remis, prise en compte des pierres, pas de pression à conclure.
Signaux d’alerte
Refus de justifier l’enregistrement, achat « sans papiers », pesage caché, prix global sans détail, dévalorisation systématique des pierres, urgence et pression, démarchage agressif (boîte aux lettres, porte-à-porte).
10. Les étapes d’une vente sereine
- Estimez vous-même un ordre de grandeur : repérez le poinçon (titre) et pesez les objets.
- Consultez le cours de l’or du jour pour avoir une référence.
- Sollicitez plusieurs offres écrites détaillées auprès d’acheteurs enregistrés.
- Vérifiez l’enregistrement/la patente de l’acheteur et assistez au pesage.
- Comparez les prix nets proposés, pierres incluses le cas échéant.
- Concluez avec l’acheteur le plus sérieux, munissez-vous de votre pièce d’identité et conservez le justificatif.
11. Questions fréquentes sur le rachat d’or en Suisse
Est-il légal de vendre son or en Suisse ?
Oui, tout à fait. Vendre son or personnel est parfaitement légal. C’est l’activité d’achat à titre professionnel qui est encadrée : l’acheteur doit être enregistré ou titulaire d’une patente et respecter des obligations de diligence depuis le 1er janvier 2023.Dois-je présenter une pièce d’identité pour vendre de l’or ?
Oui, l’acheteur professionnel a l’obligation de vérifier votre identité et de documenter l’achat. C’est une exigence légale anti-blanchiment, et un gage de sérieux. Un acheteur qui propose d’éviter cette formalité n’est pas en règle.Qu’est-ce que la LCMP ?
La Loi sur le contrôle des métaux précieux (RS 941.31) régit en Suisse le commerce de l’or, de l’argent, du platine et du palladium, y compris l’achat des matières destinées à la fonte. Elle est appliquée par le Bureau central du contrôle des métaux précieux, rattaché à l’OFDF.Tout acheteur d’or doit-il être enregistré ?
Les acheteurs professionnels de métaux précieux usagés doivent être enregistrés (s’ils sont inscrits au registre du commerce) ou détenir une patente (sinon). Vous pouvez demander à un acheteur de justifier sa situation : un professionnel en règle l’acceptera sans difficulté.Qu’est-ce que le seuil de 50 000 francs ?
C’est un repère permettant de distinguer l’achat professionnel de l’achat occasionnel : au-delà de 50 000 CHF d’achats par an, l’activité est considérée comme exercée par métier et soumise aux obligations correspondantes. Le Contrôle des métaux précieux recommande néanmoins à tous d’appliquer les mêmes mesures de diligence.La vente d’or est-elle soumise à la TVA ?
L’or d’investissement (lingots d’au moins 995‰ et certaines pièces) est exonéré de TVA en Suisse. Les bijoux et ouvrages relèvent en revanche du régime ordinaire. Pour le vendeur particulier, la vente d’objets personnels n’est généralement pas un revenu imposable, mais consultez votre administration fiscale cantonale.Comment connaître la valeur réelle de mon or ?
Multipliez le poids par le titre (ex. 750‰) pour obtenir la quantité d’or fin, puis par le cours du jour du gramme d’or fin. Vous obtenez la valeur du métal, dont l’acheteur déduit sa marge. Comparer plusieurs offres écrites reste le meilleur moyen d’objectiver le juste prix.Que signifient les chiffres 750, 585 ou 375 sur un bijou ?
Ce sont les titres en millièmes : 750 correspond à de l’or 18 carats (75 % d’or pur), 585 à du 14 carats (58,5 %), 375 à du 9 carats (37,5 %). Plus le chiffre est élevé, plus le bijou contient d’or pur, et plus il vaut, à poids égal.Les pierres de mes bijoux sont-elles prises en compte ?
Elles devraient l’être : diamants et pierres précieuses ont une valeur propre, distincte du métal. Un acheteur sérieux ne les dévalorise pas systématiquement. Si l’on vous affirme qu’elles « ne valent rien », méfiance et seconde estimation.Puis-je vendre de l’or hérité sans justificatif ?
Vous pouvez vendre de l’or hérité, mais l’acheteur doit clarifier l’origine licite de la marchandise et vous identifier. Conserver tout élément attestant la provenance (succession, ancien certificat) facilite la transaction et vous protège.Que risque un acheteur non enregistré ?
Un acheteur professionnel pratiquant le rachat d’or sans enregistrement ni patente s’expose à être dénoncé et sanctionné. C’est pourquoi il est dans votre intérêt de vous adresser à un acheteur en règle, identifiable auprès du Bureau central.Le prix de l’or change-t-il tous les jours ?
Oui. Le cours de l’or fluctue en continu selon l’offre, la demande, la conjoncture et les crises mondiales. L’offre d’un acheteur est fondée sur le cours du moment : une offre de la veille peut donc différer de celle du jour.
12. Le vocabulaire du rachat d’or
Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier individualisé. Le cadre légal suisse du commerce des métaux précieux (LCMP, RS 941.31 ; LBA, RS 955.0 ; OCMP) et la fiscalité applicable peuvent évoluer et s’apprécient au cas par cas, notamment selon le canton. Pour une situation précise, adressez-vous au Bureau central du contrôle des métaux précieux (OFDF), à votre administration fiscale cantonale ou à un professionnel qualifié. Les valeurs et seuils cités sont indicatifs et susceptibles de modification.
